Autant dire que par rapport à ces jours derniers, le moral n'est pas franchement remonté. Il s'est même carrément dégradé. Bien entendu je ne me faisais aucune illusion sur les perspectives de rebond du marché à court terme, mais le fait de nous enfoncions dès cette semaine les plus bas niveaux de l'année en a sonné plus d'un. Depuis octobre 1987, nous n'avions connu jamais connu une telle chute des cours, sur fond de récession mondiale et de délabrement complet du système bancaire.

Bon, plutôt que de pleurnicher, voyons ce qu'il est possible de faire. Il me semble que dans ce genre de circonstances les investisseurs particuliers que nous sommes ne doivent jamais oublier qu'ils sont des actionnaires individuels et non pas des professionnels. La différence entre les deux est énorme. Car, sauf, si vous êtes confrontés à des échéances particulières, vous n'êtes pas obligés de vendre en même temps que les gestionnaires de fonds confrontés aux demandes de rachat de leurs clients.

Cette simple remarque de bon sens n'est pas destinée à confiner les particuliers dans un immobilisme béat en pleine tourmente boursière, mais à éviter des ventes paniques dans lesquelles l'investisseur individuel risque de verser si la baisse se poursuit. Le marché « price » aujourd'hui la fin du monde, c'est-à-dire une déroute complète du système bancaire mondial et dix années de dépression généralisée (baisse du prix de tous les actifs).

S'il ne fait aucun doute que nous avons devant nous une vraie récession qui se révèlera probablement encore plus sévère que les dernières prévisions de l'OCDE (-0.90% aux Etats-Unis en 2009 et -0.50% dans la zone euro), rien ne dit que nous soyons à la vieille d'un nouveau 1929. Aujourd'hui, les valeurs européennes sont valorisées sur une base de cours qui anticipent trois années consécutives de baisse des résultats à un rythme annuel de près de 20%. Ou, par exemple, une année 2009 marquée par une chute de 40% des profits, suivie de deux années de baisse de 10% en 2010 et 2011.  Ceux-ci après une année 2008 déjà marquée par l'effondrement des profits des banques.

Chacun sait que les Ecritures nous enseignent qu'aucun tourment ne sera épargné au pécheur non repenti. Mais la détermination avec laquelle la Bourse fonce dans le mur dénote un excès de pessimisme évident. Certes il y aura des faillites parmi les sociétés financièrement les plus vulnérables, mais une baisse de 20% des profits trois années de suite correspond à une crise d'une ampleur jamais vu, y compris durant les années 70.

Cependant, les marchés sont aujourd'hui guidés par la peur et les excès que nous connaissons peuvent faire encore plonger le Dow Jones de 700 à 900 points supplémentaires et nous faire perdre 400 à 500 points sur l'indice CAC 40. Avec une telle perspective, les semaines à venir risquent d'être difficiles pour tout le monde. Mais la liberté d'action de l'actionnaire individuel, ainsi que sa capacité à reporter son horizon d'investissement au-delà de la clôture de la séance au jour le jour, doit prendre le dessus sur le sentiment de panique qui entoure le marché.

La liberté d'action de l'actionnaire individuel ne doit cependant pas l'inciter à jouer les « matadors », en essayant de se mettre en travers d'un sens de marché résolument orienté à la baisse. Les risques de pertes sont trop importants au regard des gains escomptés.

La Bourse de tombe jamais tout à fait comme une pierre. Je suis persuadé que nous auront dans les prochains jours quelques belles séances de rebond qui permettront de réaliser des arbitrages dans le sens d'une plus grande sécurisation des portefeuilles.

Bon W E.

Je reprends les titres de mes dernières interventions : « Allez vous promener, préparez vos courses de Noël », « La Bourse peut se tromper, mais elle a hélas très souvent raison », « L'investisseur individuel doit lutter contre sa tendance naturelle à crier victoire à la première embellie », « Sans transparence sur les marchés, il n'y a pas de chasse aux bonnes affaires possible ».

En toute humilité, je dois avouer que je suis totalement sec devant mon écran! Que dire en effet dans un marché qui s'apprête à enfoncer ses plus bas niveaux de l'année à moins de 3.000 points pour l'indice CAC 40 et avec un indice Dow Jones qui n'est plus très loin des 8.000 points. A côté de l'effondrement de l'indice phase de la Bourse, passé en l'espace d'un peu plus d'un an de 14.000 points en octobre 2007 à 8.200 points aujourd'hui, la chute du Dow qui avait perdu 3.650 points en trois ans entre mai 2000 et mars 2003 est presque un doux souvenir.

Si, selon l'adage boursier, il est possible de mesurer les perspectives de rebond d'un marché au degré de la lassitude et le désespoir des investisseurs, alors tous les espoirs sont permis. Nous devrions être aujourd'hui à la vieille d'un des plus forts mouvements de hausse de l'histoire des marchés financiers. En réalité, les cours n'ont sans doute pas encore touché le fond. Je persiste à penser qu'il y a aujourd'hui plus de coups à prendre que d'argent à gagner.

Afin de ne pas dépérir - et par pure provocation, juste pour faire la nique à ce marché totalement pourri- je me suis hasardé à donner mardi soir après la clôture un conseil d'achat sur Air France. Dans un marché qui a chuté le lendemain de 4%, cette action a été un des seuls titres de l'indice CAC 40 à finir en hausse (plus 0,9% sur la séance). Faut en tirer une quelconque fierté ? Non bien évidemment. Car le risque encouru sur un marché aussi volatile est disproportionné par rapport aux perspectives de gains à court terme. Pour être totalement franc avec vous, chère lectrice, cher lecteur, je n'ai pas la moindre idée de ce que fera l'action Air France demain à l'ouverture du marché.

On peut toujours se rassurer en se disant que tout travail sérieux de sélection d'une action de société sur la base de ses qualités fondamentales est forcément rentable à long terme. Qui peut néanmoins dans les conditions actuelles raisonnablement recommander à un individu normalement constituer de placer en Bourse le fruit de toute une vie de travail pour préparer sa retraite ? Franchement, je ne conseillerais aujourd'hui à aucun ami de s'y hasarder.

En fait ce n'est pas tout à fait exacte : je suis intimement convaincu que les périodes de krach boursiers peuvent être propices à l'investissement boursier à condition d'y aller par étape et d'investir par exemple chaque mois une somme fixe en Bourse sans se soucier de la tendance. Cette stratégie est aux antipodes de la spéculation : elle permet de lisser les risques et le prix de revient de vos actions. Si les marchés continuent de baisser, nous aurons tout le loisir d'examiner de près le fonctionnement des techniques d'intervention en Bourse qui font réellement leur preuve sur plusieurs années.
Les nouvelles du jour sont un festival d'horreurs en tout genre : effondrement de l'industrie automobile, regain d'inquiétude sur le secteur bancaire en Europe et aux Etats-Unis, nouvelles tensions sur le marché interbancaire, incapacité du G20 à formuler des propositions concrètes pour sortir de la crise, tous les pays industrialisés tombe en récession les un après les autres y compris de Japon, inquiétudes sur la Russie qui s'enfonce chaque jour un peu plus dans la crise.

Difficile d'être dans contexte optimisme, même si comme toujours c'est précisément dans cette adversité que le marché à trouver les ressources nécessaires pour s'accorder un certain rebond. Il a suffi que quelques sociétés, comme HP, annoncent des résultats moins mauvais que prévu pour que le marché s'anime un peu et reparte légèrement de l'avant à Wall Street. Mais le cœur n'y est pas et ce mouvement a peu de chance d'aller très loin.

Dans ces conditions, le seul conseil à peu près intelligent qu'il est possible de donner aujourd'hui s'est de répéter ce que nous avons titré samedi matin à la Une du Journal des Finances : « Patience ». Pensez donc à autre chose. Allez vous promenez, faites du sport, préparez à vos courses de Noël avant le rush du mois de décembre. Mais surtout évitez d'achetez des actions, vous pourriez vous en mordre les doigts.

Voilà pour le côté rationnel de ma réflexion. Il n'empêche qu'au risque de me contredire par rapport à tous les conseils de prudence prodigués au cours de ces dernières semaines, un boursier normalement constitué ne peut pas s'empêcher de se dire qu'il existe bien quelque part sur satané marché une idée d'achat pertinente.

Si quelqu'un vous aurait dit à la même époque l'an dernier, qu'après une baisse de 50% de la Bourse, vous vous apprêtiez à rentrer chez vous tout penaud sans une seule idée d'achat sur le marché, vous lui auriez ri au nez. C'est pourtant ce qu'il se passe aujourd'hui. Le marché s'effondre et plus personne n'a d'idée d'achat.

Juste histoire de se remonter le moral et de faire la nique à ce marché qui devient franchement détestable, je vais donc exactement faire de qu'il ne faut pas faire: recommander une action de façon purement intuitive, et pas n'importe laquelle puisqu'il s'agit d'Air France-KLM.

Voir la compagnie aérienne la plus rentable et mieux gérée du monde, terminer la séance à moins de 10 euros, me fend littéralement le cœur. Que peut-il arriver de plus grave à  cette compagnie que les récentes déclarations de la direction qui a confirmé qu'elle n'attendait aucune croissance dans un proche avenir ? Cette nouvelle a mis le titre au tapis, au plus bas depuis 5 ans. Dans un contexte de baisse du prix du pétrole plutôt favorable aux compagnies aériennes, je ne peux pas n'empêcher de penser qu'une société comme Air France, dont le BFR (Besoin de fonds de roulement) est négatif, ce qui signifie l'exploitation courante génère de la trésorerie en abondance, ne peut pas valoir moins que le montant de ses fonds propres. Or, c'est le cas aujourd'hui. Avec 13,3 milliards de fonds propres au 30 juin, un ratio d'endettement très faible, un « cash flow » largement positif, je m'étonne de voir la capitalisation boursière tomber en dessous de 3 milliards d'euros.

Même si j'écrivais hier que la Bourse a toujours raison, j'ai la conviction qu'il y a au moins 20% à gagner sur ce titre. Une conviction bien personnelle qui ne vaut sans doute pas grand chose face à la puissance de feu des vendeurs à découvert et des "hedge-funds" gorgés de tires dont ils ne savent que faire.
Je suis comme vous. J'ai le moral qui flanche. La vision sur les écrans de cotations de l'indice CAC 40 et du Dow Jones est absolument désespérante. L'inconstance de la réunion du G20 ce week-end et la dégradation des statistiques économiques aux Etats-Unis, en Europe ainsi qu'au Japon, se sont une fois de plus ligués contre la tendance. Dans ce type de marché, même si vous avez la meilleure idée du monde, en vous portant à l'achat vous êtes à peu près sûr de perdre de l'argent.

Mais là, je risque de me répéter. Je ne vais pas vous resservir le billet de vendredi soir dans lequel je vous disais que dans un marché baissier votre principal ennemi c'est vous-même. C'est-à-dire votre propension à intervenir en Bourse à l'achat sous le prétexte que le marché a baissé et que, par définition, il ne peut que remonter. Il faut absolument rompre avec ce réflexe stupide qui consiste à systématiquement envisager une reprise en « V » sous le prétexte, là aussi, que cela c'est toujours passé ainsi depuis plus de trente ans.

Je voudrais revenir sur les résultats d'une étude d'opinion réalisée auprès d'actionnaires individuels dans le cadre de salon Actionnariat qui se tiendra vendredi et samedi prochains à Paris, Porte Maillot. Selon cette étude,  vous n'avez été que 8% à vous être fortement désengagés de la Bourse au cours de ces derniers mois, ce qui signifie que l'immense majorité d'entre vous est restée fortement investie et n'a désormais d'autre choix que l'adopter une position d'attente dans la tourmente.

Cette attitude est parfaitement cohérente : l'attente est aujourd'hui la meilleure des stratégies à adopter, mais il ne faudra surtout pas oublier d'alléger les positions en cas de rebond significatif du marché. Nous sommes en effet toujours dans un marché baissier. Et, dans ce type de marché, on ne profite pas des baisses pour acheter, mais plutôt des hausses pour réduire son exposition et se créer des liquidités.

Selon cette étude, il reste en revanche toujours  un carré d'irréductibles (9% des personnes interrogées) qui déclarent intervenir régulièrement afin de saisir des opportunités sur le marché. J'ose espérer que ces irréductibles sont tous des boursiers avertis, et qu'ils savent exactement ce qu'ils font. Car s'il est toujours possible de tirer parti de la forte augmentation de la volatilité des cours, les risques auxquels vous vous exposez sont énormes au regard de votre espérance de gain à court terme.

 

J'espère surtout que ceux qui spéculent sur le marché au jour le jour n'ont pas la faiblesse de croire, comme 89% d'entre vous selon ce sondage, que le cours de Bourse des sociétés ne correspond pas à la réalité de la valeur des entreprises cotées.

Car, si la faiblesse actuelle des cours ne reflète pas la qualité des fondamentaux de nos entreprises dans une optique de long terme, à court terme, la Bourse a toujours raison. C'est elle qui fait le prix, c'est donc toujours elle qui aura le dernier mot. Si vous voulez vous mesurer à elle, vous devez soit être prêt à attendre le temps qu'il faudra pour avoir raison (comptez en mois voire en années), soit vous entourez d'un minimum de précautions inhérentes aux opérations à court terme.

Placez un ordre-stop à la baisse si vous jouez à un rebond technique et ne vous enfermez pas dans votre idée initiale si vous êtes démenti par les faits. Regardez les graphiques et les volumes dans le carnet d'ordres afin de vous assurer que quoiqu'il arrive le courant vendeur ne soit pas celui qui imprime la tendance quelles que soient les nouvelles. Combien d'entre nous se sont cassé les dents au cours de ces trois dernières semaines en jouant LVMH, Lafarge, Axa ou PPR, convaincus que nous avions à faire à une aberration de marché. Celui qui n'a pas su couper ses positions dans la baisse récente a inutilement perdu en trois semaines plus 20% de sa mise. A ce rythme vous sera rapidement dégoûté de la Bourse.
Le boursier a dans ses gènes l'instinct du chasseur. Le culte de la pépite et du rebond de marché à chaque fois que les cours repartent à la hausse ne serait-ce qu'une journée. Dans ces conditions, venir jouer les trouble-fêtes en recommandant la prudence, alors que nous avons tous envie de voir le marché repartir une bonne fois pour toute à la hausse n'a rien de très enthousiasment.

Le risque de passer pour celui qui n'a rien vu venir du rebond et qui continue de voir des problèmes à un moment où tout le monde parle d'embellie n'est pas mince. Tant pis j'assume.

Franchement si tu n'achètes pas d'actions aujourd'hui tu n'en achèteras jamais, me confiait ce matin le responsable d'un important bureau d'analyse.

Non mais c'est vrai quoi, arrêtons de jouer les "pisse-froid". Le paysage est effectivement en train de s'améliorer. Sans aucun mauvais esprit, je suis convaincu que le fait que l'OCDE prévoit une récession pour l'an prochain en Europe et aux Etats-Unis est une très bonne nouvelle pour les marchés. Au moins la crise est-elle cadrée et quantifiée. C'est toujours mieux que  de trembler en attendant la fin du monde. Rien n'est plus terrible que de redouter un ennemi invisible et sournois, source des pires angoisses. Les experts du Château de la Muette ont donc tracé la voie : -0,9% l'an prochain de l'autre côté de l'Atlantique et -0,5% dans la zone euro. Et rendez-vous en 2010 avec 1,6% chez les uns et 1,2% chez nous. Normal, la Vieille Europe est toujours moins réactive.

Espérons que les économistes de l'OCDE ont raison. Car, si c'est le cas il faut acheter sans se poser de question. Avec un Dow Jones à 8.600 points et un CAC 40 à 3.200 points, une récession de ce type est déjà largement dans les cours. Surtout quand on voit les résultats trimestriels des entreprises. Ceux-ci se révèlent dans l'ensemble plutôt de bonne facture et les commentaires qui les accompagnent pour 2009 sont prudents, mais nullement catastrophistes.

Hélas, aujourd'hui, la question n'est plus de savoir si nous avons évité la Grande Dépression de 1929, mais combien de temps va durer la récession ? Si comme le craignent certains analystes le « delevreging » du crédit auquel s'est dopé le consommateur américain prendra plusieurs années à se résorber, nous risquons de ne pas assister au redémarrage progressif attendu pour la mi-2009.

En fait, le marché semble mûr pour un rebond technique, mais il pourrait bien s'agir d'une vague mineur dans un marché encore baissier. La prudence et la patience sont donc toujours de mise. Evitez de vous enfermez dans les certitudes, dont vous pourriez vous trouver prisonnier.

La Bourse, qui regroupe par définition toutes les compétences existantes sur le marché, à est un moment donné si forte, qu'elle est capable de vous pousser à l'achat pour la seule beauté du geste. C'est contre ce biais psychologique qu'il faut être capable de lutter.
Si vous cherchez des valeurs bradées par rapport à la solidité de leurs fondamentaux en voilà quelques unes : au cours actuel, vous pouvez vous intéresser à Alstom, Schneider Electric, Total, Axa, LVMH, BNP Paribas, EADS ou Carrefour. Vous pouvez piocher dans le tas les yeux fermés, il s'agit de sociétés solides, peu endettées, dont les perspectives de croissance à moyen terme ne sont nullement remises en cause par la crise actuelle. La liste n'est pas limitative, la moitié de cote est aujourd'hui au prix de la casse.

Faut-il pour autant se précipiter pour les acheter aujourd'hui. Réponse : rien n'est moins sûr ! La chasse aux bonnes affaires, qui consiste traditionnellement à repérer de belles valeurs décotées par rapport à leurs fondamentaux est devenue un sport à haut risque dans lequel vous avez une chance sur deux de perdre de l'argent dans la semaine qui suit votre achat. En partant du principe simple que le seul moyen d'intervenir intelligemment en Bourse c'est de reporter son horizon d'investissement à dix-huit ou vingt-quatre mois, il n'y a aucune raison de se précipiter pour acheter.

Comment en effet demander à un investissement rationnel qui a patiemment bâti son capital durant toute une vie de travail de placer ses économies sur un marché dans lequel la volatilité est telle que vous avez une chance sur deux de voir votre capital gagner ou perdre jusqu'à 10% de sa valeur en une seule semaine ?

Le risque fait partie inhérente de l'investissement boursier, mais celui-ci doit au moins reposer sur des éléments concrets, comme une baisse de l'activité, une dégradation des marges ou un incident dans le cycle d'exploitation. Aujourd'hui, le risque boursier est partout. Aucune valeur n'est à l'abri d'une liquidation de position de la part d'un « hedge fund » en difficulté ou d'un fonds spéculatif qui a déclenché un programme de ventes à découvert de l'autre côté de la Manche ou de l'Atlantique.

Pour investir en Bourse, chacun d'entre nous a besoin de visibilité et de connaître les règles du jeu. Lorsque celles-ci sont floues et ne permettent pas de connaître les forces en présence sur le marché, la volatilité règne en maître et plus personne n'y gagne vraiment. Si les membres du G20 qui se réuniront ce week-end à Washington  pourraient au moins se mettre d'accord pour limiter les interventions des fonds spéculatifs installés dans les paradis fiscaux, le marché ferait déjà un grand pas vers un minimum de transparence. Car, aujourd'hui, personne n'est véritablement capables de connaître les positions exactes des quelque 2.000 « hedge funds » qui interviennent quotidiennement sur les marchés, notamment sur les actions.

Si une bonne partie de la volatilité des cours reflète l'incertitude des investisseurs sur les perspectives d'activité économiques dans le monde et sur l'évolution des résultats des entreprises, il est évident que l'absence de contrôle du fonctionnement des marchés financiers par les autorités politiques et monétaires contribue fortement à alimenter la volatilité.

Le tableau d'ensemble est cependant loin d'être totalement négatif : parmi les différentes nouvelles dont nous sommes abreuvés tous les jours,  la détermination des autorités politiques à tout mettre en oeuvre pour soutenir la consommation et le secteur financier devrait nous permettre d'éviter la grande dépression que redoutent tant les boursiers. A ce titre, je continue de penser que le plan relance que s'apprête à lancer la Chine constitue un événement considérable. Ce plan ne nous empêchera pas de tomber en récession, mais il devrait nous éviter de tomber dans de longues et douloureuses années de déflation.

Pour l'heure, comme je l'écris depuis plusieurs semaines, il y a à court terme plus de coups à prendre que l'argent à gagner en Bourse. Un rebond technique est possible à tout moment avec la vigueur que nous avons vue la semaine dernière, mais le marché est tout autant à la merci d'un nouveau coup de tabac. Mieux vaut patienter encore quelques semaines avec des liquidités médiocrement rémunérées que de se jeter trop tôt dans la fosse aux lions.
Le plan de relance chinois d'un montant de 585 milliards de dollars constitue un événement considérable. Premier élément très favorable : à la différence des plans de sauvetage précédents, de type Paulson mis en place aux Etats-Unis dans le seul but d'éponger les pertes des banques, il s'agit là d'un authentique plan de relance de l'activité avec un impact direct sur l'économie.

Autre événement : pour la première fois dans l'histoire moderne, les économies émergentes montrent qu'elles ne sont plus les victimes passives des crises que connaissent régulièrement les pays développés. La Chine a accumulé au cours de ces dernières années quelque 1.900  milliards de dollars de réserves de change et décide aujourd'hui d'en remettre une partie dans le circuit afin de soutenir son économie. Non seulement la Chine n'amplifie pas la crise, comme ce fut toujours le cas des pays émergents dans le passé, mais elle contribue activement à nous aider à en sortir.

Rien d'étonnant à ce que les boursiers applaudissent sans réserve. Il importe d'ailleurs de noter que l'euphorie que suscite ce plan n'a pas profité à des valeurs financières ou spéculatives, mais bien au secteur industriel qui sera le premier bénéficiaire des mesures qui seront mises en place. Les titres ayant le plus monté ce lundi sont en effet des valeurs aussi lourdes qu'Alstom, Arkema, Schneider, Lafarge ou Saint-Gobain.

Cette décision des autorités chinoises devrait avoir un impact très positif sur les marchés. En agissant de la sorte la Chine ne nous permettra certes pas de passer à côté d'une récession mondiale, mais elle éloigne le risque d'une grave dépression qui aurait pu être causée par un effondrement de son économie. Or la crainte de la dépression de type 1929 constituait à juste titre un des sujets de préoccupation majeure pour les marchés. L'autre sujet d'inquiétude est la crainte d'une crise bancaire systémique, qui semble elle aussi s'éloigner.

« Nous revenons en terrain connu, car nous sommes désormais confrontés à une récession économique de type classique que les marchés savent gérer et anticiper », explique fort justement François Chevalier économiste chez VP Finance. Ceci signifie que les Bourses n'ont sans doute pas fini de baisser, mais qu'elles ont peut-être trouvé dans les plus bas de l'année du mois dernier un plancher en dessous duquel elles en devraient descendre. Le comportement actuel des marchés suggère surtout que ce plancher a notamment été atteint pour les plus belles valeurs industrielles de la cote qui n'ont aucune raison de durablement se traiter au prix de la casse (lire ma note précédente sur Lafarge).

Il aussi est fort probable que cette décision marque l'accession de la Chine au statut de leadership mondiale en matière économique et financière devant les Etats-Unis et l'Europe. En clair, la Chine est peut-être en train d'accéder sous nos yeux à un statut de « nouveau maître du monde ». Si c'est le cas, il faut jouer les valeurs industrielles exportatrices et pourquoi pas directement les sociétés chinoises qui ont au cours de ces derniers mois fortement chuté en Bourse, alors qu'elles sont incontestablement porteuses d'un très fort potentiel de croissance à moyen et long terme. L'étude des fonds spécialisés sur la Chine accessible à un investisseur français fera l'objet d'un prochain article. Bonne semaine boursière.
L'action Lafarge constitue l'archétype de la belle valeur qu'il ne fallait surtout pas avoir en portefeuille ces derniers temps: moins 62% depuis le 1er janvier. Un désastre ! Son cours de Bourse est retombé à 42 euros en séance ce vendredi au niveau de mars 2003, qui correspondait lui-même à celui de septembre 1997. En dix ans, son chiffre d'affaires a pourtant été multiplié à plus de deux et sa capacité bénéficiaire par cinq. Qui dit mieux !

Lafarge est la valeur fétiche de tous les investisseurs particuliers. Une société remarquablement bien gérée, située sur un secteur en fort développement sur lequel elle a su se croître à coups d'acquisitions toutes bien pensées, même si l'intégration de l'anglais Bleue Circle s'est révélée nettement plus difficile que prévu (les Français font rarement de bonnes affaires avec les Anglais !). Une stratégie ambitieuse qui a conduit, en moins de dix ans, le groupe français au rang de leader mondial du secteur cimentier.

Comment ne pas applaudir et avoir été tenté, tout au long de l'année, d'acheter la valeur à chaque fois qu'elle enfonçait un nouveau palier à la baisse ? Lafarge figurait d'ailleurs dans les portefeuilles type du Journal des Finances il y a encore quelques semaines...

Il aura donc fallu plus de dix mois de baisse quasi-ininterrompue pour comprendre qu'acheter des actions Lafarge en baisse était la dernière chose à faire.

Explication : Lafarge, qu'on le veuille ou pas, reste dans l'esprit des investisseurs une valeur cyclique très vulnérable au ralentissement de l'activité. Et, en Bourse, chacun sait qu'une affaire cyclique a besoin d'être riche et solide pour affronter les inévitables trous d'air auxquels elle est soumise à peu près touts les dix ans. Or, au lieu de thésauriser, le groupe dirigé par Bruno Lafont a acquis fin 2007 en haut de cycle l'égyptien Orascom pour 8,8 milliards d'euros.

Une très belle opération sur le plan stratégique, qui... contribuera tout de même à la destruction de 12 milliards d'euros de capitalisation boursière dans les dix mois qui ont suivi. Car Lafarge est bien parti pour terminer l'année avec une dette de 17 milliards d'euros supérieure au montant de ses fonds propres. Une situation d'extrême fragilité que les marchés ne peuvent pas pardonner à une société aussi vulnérable à l'évolution des cycles économiques. France Télécom est exactement dans la même situation, mais le marché n'a aucun doute sur la visibilité du cash-flow.

Le raisonnement est implacable et les explications selon lesquelles le cimentier français bénéficie d'une forte diversification géographique de ses activités, avec dans certaines régions une situation de quasi exclusivité, n'ont aucune chance d'être entendues des gérants anglo-saxons. De New York, Londres ou Zurich ont vend du Lafarge à tour de bras, sans ce le moindre état d'âme.

Et maintenant la question qui tue: que faire de ses Lafarge ? La réponse est simple. Si vous pensez que nous sommes confrontés à une récession de type classique qui n'excèdera pas deux ou trois trimestres, gardez vos titres. J'ai presque envie de dire achetez. A ce prix l'action est bradée et le rendement attendu pour 2008 dépasse, à plus de 8%, deux fois celui des emprunts d'Etat à 10 ans. Mieux, dans ce cas de figure, si le marché repart à la hausse durant la première partie de l'année 2009, ce n'est pas du France Télécom qu'il faudra avoir en portefeuille, mais précisément du Lafarge.

Mais attention, si nous sommes partis, comme le craignent certains économistes, pour une dépression sévère qui pourrait durer plusieurs années, Lafarge est encore trop cher. Les vieux boursiers vous le diront : dans ce type de situation, il n'existe aucun plancher à la baisse pour les valeurs cycliques. Le dividende auquel tout le monde se raccroche pour justifier l'aberration de la baisse du cours n'a également aucune chance de tenir.

Nous n'adhérons pas à ce scénario noir, pas plus sans doue que la direction de Lafarge. Pour précaution, elle a tout de même préféré ne pas confirmer les objectifs annoncés pour 2010.
Petite mise au point à l'intention des lecteurs qui s'étonnent de ne pas voir dans mon blog la tendance boursière du lendemain. Avec en prime, la liste des titres qui vont le plus monter, ainsi que le point le plus bas auquel il faut acheter et surtout le plus haut auquel il faut sortir. Que celui qui détient la réponse se manifeste : il n'est jamais trop tard pour faire fortune !

Mon ambition est simple : parler de la Bourse autrement, donner mon sentiment de marché, orienter le lecteur sur les meilleurs choix en matière de gestion de portefeuille. En aucun cas il n'est question de pronostiques hippiques ou de jouer la tendance à pile ou face. Pour cela nul besoin d'ailleurs de se référer à un blog : il suffit de regarder la clôture de Wall Street chaque soir pour se faire une idée à peu près exacte de la météo boursière du lendemain à la Bourse de Paris.

De la même manière qu'il est possible de lancer des pronostiques bousiers à l'apporte pièce, il est tout aussi facile de tomber dans un optimisme béat, en déclarant tous les jours que la cote est bradée  et qu'on ne prend pas de grands risques à acheter de belles affaires pour le long terme. Le fameux conseil de "long terme" qui, en Bourse, n'est souvent rien d'autre qu'un conseil à court terme qui mal tourné ! En fonctionnant à la manière d'une horloge arrêtée qui a raison au moins une fois toutes les douze heures, il est en effet toujours facile de servir au lecteur « je vous l'avais bien dit » lorsque les marchés repartent violemment à la hausse.

Ma conviction est la suivante : la tendance n'est pas encore stabilisée. Il est encore trop tôt pour renforcer les positions en toute sécurité, y compris sur les titres apparemment les plus massacrés de la cote. La réactivité dont ont fait preuve les autorités monétaires de part et d'autre de l'Atlantique pour circonscrire la crise et pour tenter de relancer la croissance en baissant les taux d'intérêt va dans le bon sens, mais la tendance de fond du marché reste baissière. Il n'y a de toute évidence pas de grands risques à mettre aujourd'hui Total, Bouygues ou France Télécom en portefeuille, mais il n'y  a non plus de raison de se précipiter.

Le tableau est sans doute beaucoup moins sombre que tentent de le laisser croire certains spécialistes qui servent la crise de 1929 comme un plat de nouilles à chaque fois que l'activité ralentie et que l'horizon se bouche. La crise financière semble progressivement s'estomper et le financement bancaire se remet en marche peu à peu. La question est maintenant de savoir à quel type de crise économique nous sommes confrontés. Aujourd'hui la récession est enclenchée de part et d'autre de l'Atlantique et si nous restons dans un modèle de ralentissement classique marqué par deux ou trois trimestres de contraction de l'activité les cours repartiront rapidement à la hausse. C'est le scénario que nous privilégions. Mais tant que la crainte d'une grave dépression durable ayant un effet dévastateur sur le prix des actifs ne sera pas écartée, les marchés ne retrouveront pas leur calme. A court terme, hélas, nous ne pouvons pas espérer recevoir de réponse claire sur cette question absolument cruciale.
Celui qui n'entend parler que de malversations financières par des gestionnaires de « hedges funds » sans foi ni loi et de parachute doré pour patrons aussi nantis qu'incompétents, est persuadé que les boursiers sont tous des monstres froids incapables de faire parler leurs sentiments. En réalité, il suffit de passer un peu de temps avec n'importe quel gérant de fonds ou responsable de salle de marché pour se rendre compte qu'aucun d'entre eux n'est capable de résister plus de trois jours à un marché haussier sans retomber dans un optimisme béat et renoncer aux pronostics les plus noirs qu'il nourrissait la veille avec une conviction absolue.

La perspective de l'élection dans les prochaines heures de Barack Obama, premier président noir des Etats-Unis, un homme jeune, porteur de changement et d'espoir après le fiasco de la présidence de George W. Bush, a visiblement suffi à faire succomber les  boursiers les plus pessimistes de Wall Street. Sur le fond, l'arrivée au pouvoir de Barack Obama ne change rien à la gravité de la crise que traversent les Etats-Unis, mais il aurait été impossible qu'un tel événement ne soit pas salué par la Bourse. En choisissant de faire parrainer sa campagne par des personnalités aussi charismatiques que George Clooney, Warren Buffett ou Caroline Kennedy, Obama n'est pas seulement parvenu à faire chavirer le cœur de l'Amérique profonde. Il est aussi parvenu à conquérir Wall Street ce qui était loin d'être acquis il y a encore quelques mois.

Moralité de l'histoire : les boursiers sont de véritables girouettes. Loin d'être des individus parfaitement rationnels, ils sont capables de révéler dans les bons moments un coeur d'artichaut d'une sensibilité désopilante...

Pour trouver un début de justification à ce regain d'optimisme, les stratèges des grandes maisons de courtage ne manqueront pas de nous expliquer qu'Obama c'est un dollar plus fort -ce qui au passage est bon pour les valeurs européennes- et qu'Obama c'est bon pour la croissance américaine, avec la mise en place de mesures de soutien de la consommation et d'aide aux emprunts immobiliers. Dans le flot de nouvelles dont sont aujourd'hui abreuvés les marchés financiers, le seul élément véritablement de nature à relancer l'intérêt des investisseurs pour les actions c'est la baisse probable d'un demi point de pourcentage des taux directeurs dans la zone Euro à 3.25% jeudi prochain. Geste qui devrait être relayé par de nombreux autres instituts d'émission dans le monde.

Sur le fond la détérioration de l'activité économique se confirme de part et d'autre de l'Atlantique et rien ne permet d'affirmer que le regain d'optimisme dont nous bénéficions aujourd'hui constitue le signe d'un retournement durable de la tendance à la hausse. Les hausses de cours dont nous bénéficions aujourd'hui ressemblent en tous points à un rebond technique bien mérité après de trop longs mois de baisse des cours. La bonne stratégie consiste sans doute à se laisser porter par le mouvement, qui pourrait amener le CAC 40 autour de 3.950 points, juste ce qu'il faut pour venir refermer le gap  laissé ouvert le 6 octobre, jour de l'effondrement de 9,04% de l'indice parisien. Il sera alors possible d'alléger les positions dans de bonnes conditions et de se constituer un bon matelas de liquidités. L'objectif serait alors de se prémunir contre le retour d'un marché baissier emporté par la détérioration de l'activité économique et de disposer des liquidités suffisantes pour jouer un rebond plus définitif du marché. Celui-ci pourrait se présenter durant les premiers mois de l'année 2009 au moment où les signes de récession seront les plus visibles et où personne ne soignera vraiment à revenir en Bourse.

A propos de ce blog

Ce blog est destiné à ouvrir le débat avec les lecteurs. Mon objectif n’est en aucun cas de procéder à une analyse détaillée de la séance boursière. Je souhaite réagir à chaud sur les événements boursiers de la journée, ajuster la stratégie et les choix d’investissement développés chaque semaine dans le Journal des Finances et surtout mettre en place un véritable dialogue avec les investisseurs individuels qui ont trop rarement l’occasion de s’exprimer.

Lancer un blog boursier lorsque le marché monte et que tous nos conseils font mouche aurait été beaucoup trop facile. C’est précisément dans la difficulté, qu’il faut faire preuve de perspicacité, de courage, mais aussi d’humilité. Toutes les conditions d’un échange riche et spontané sont réunies. Venez nombreux.

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